Poèmes

Star Hole

I sit here
on the perfect end
of a star,
watching light
pour itself
toward
     me.
The light pours
itself through
a small hole
in the sky.
I'm not very
happy,
but I can see
how things are
     faraway.

— Richard Brautigan

The Pipe

The next poem I write will have firewood
right in the middle of it, firewood so thick
with pitch my friend will leave behind
his gloves and tell me, “Wear these when you
handle that stuff.” The next poem
will have night in it, too, and all the stars
in the western hemisphere; and an immense body
of water shining for miles under a new moon.
The next poem will have a bedroom
and living room for itself, skylights,
a sofa, a table and chairs by the window,
a vase of violets cut just an hour before lunch.
There’ll be a lamp burning in the next poem;
and a fireplace where pitch-soaked
blocks of fir flame up, consuming one another.
Oh, the next poem will throw sparks!
But there won’t be any cigarettes in that poem.
I’ll take up smoking the pipe.

— Raymond Carver

Psaume

Personne ne nous repétrira de terre
et de limon,
personne ne bénira notre poussière.
Personne.

Loué sois-tu, Personne.
Pour l'amour de toi nous voulons
fleurir.
Contre
toi.

Un rien
nous étions, nous sommes, nous
resterons, en fleur :
la rose de rien, de
personne.

Avec le style clair d'âme,
l'étamine désert-des-cieux,
la couronne rouge
du mot de pourpre que nous chantions
au-dessus, au-dessus de
l'épine.

— Paul Celan

Ulysse

Au sud du bastingage
il n'y plus rien jusqu'à la Terre Antarctique
Léviathans et sirènes labourent ces prés marins
ce portulan gaufré de vagues
où d'immenses pans de ciel
s'abattent en averses fourbues
sans que Dieu lui-même
en soit informé

Chaque soir tu regardes la timbale du soleil
plonger en hurlant dans la mer pommelée
clins d'oeil des forts matous lovés dans les cordages
Les espadons bleus filent devant l'étrave
bande de bijoutiers en fuite

Au delà des mois que tu n'as pas reçu de lettres
tu es le dernier des parias à bord de ce navire
le coeur rendu, un torchon d'étoupe à la main
tout noir de souvenirs déjà
tu t'abolis dans le tremblement des hélices
tu écoutes le chant ancien du sang dans tes oreilles

Caillots ensoleillés de la mémoire
et dénombrement des merveilles
quand tu savais vivre de peu
ta vie t'accompagnait comme un essaim d'abeilles
et tu payais sans marchander
le prix exorbitant de la beauté.

— Nicolas Bouvier

Fait divers

Nous apprenons à l'instant
le décès instantané
d'un petit matin frais
fauché en pleine course
par un quotidien trop pressé

aux dernières nouvelles
le champ des possibles
s'écoule encore de son ventre
sur la chaussée

— Thomas Vinau